Alexandra Exter, 1922 English version Русская  версия

 

Pollution bibliographique

Ouvrages de nature à dénaturer l’œuvre d'Alexandra Exter

 

Alexandra Exter par Jean Chauvelin et Nadia Filatoff

1. ALEXANDRA EXTER par Jean Chauvelin et Nadia Filatoff

À la fin de l’année 2003 paraissait à Paris, aux éditions Max Milo le volume
ALEXANDRA EXTER, sous-titré MONOGRAPHIE 1 .
Il avait pour auteurs Jean Chauvelin et Nadia Filatoff.
Dans ce volume ont été également inclus deux textes, publiés auparavant :
« Les marionnettes » de John E. Bowlt (publié en 1975)
« Alexandra Exter à Kiev » de Dmytro Horbachov (1988).

Richement illustré, ce livre n’apportait pas un nouvel éclairage sur l’œuvre de l’artiste et peu de renseignements biographiques ou artistiques inédites 2 . Par contre on y trouvait une grande quantité d’œuvres auparavant inconnues ; celles-ci étaient intercalées avec des œuvres connues, répertoriées et appartenant dans la plupart des cas à des collections publiques russes ou occidentales, dûment recensées.

La démonstration commence par la couverture sur laquelle figure une œuvre abstraite (ill. 115 dans le livre, p. 132), inconnue et dotée d’une signature, également inconnue à ce jour.

Il serait trop fastidieux de commenter en détail chacune des « œuvres » nouvelles mises en circulation par cette publication. Quelques remarques s’imposent toutefois d’emblée :

À l’exception de deux œuvres théâtrales (et on remarquera qu’il s’agit de gouaches de petite taille, sur papier, de surcroît non signées) toutes ces œuvres « nouvelles », donc inconnues auparavant, portent la référence « collection privée ». Elles ne sont pas documentées de façon historique, du vivant de l’artiste ou de celui de l’héritier de son œuvre – Simon Lissim (mort en 1981), car aucune des œuvres signées ne provient de l’héritage Lissim, ou ne figure dans les archives de l’artiste ni dans celles de son héritier.

À part l’aspect stylistiquement incohérent et des erreurs stylistiques (voir plus loin) que l’on trouve dans certaines œuvres, pour ne pas parler de l’exécution des formes qui surprend par la différence avec ce que l’on connaît du travail rigoureux d’Alexandra Exter, ou de sa manière de peindre, on remarquera des séries d’œuvres auparavant inconnues dans la création de l’artistes : par exemple des projets de costumes théâtraux (pour Roméo et Juliette , hiver 1920-1921) peints à l’huile sur toile (on n’en connaissait pas à ce jour, et pour cause, car c’est antinomique avec la destination de l’œuvre).

Des séries de compositions abstraites, s’inspirant d’autres compositions (abstraites) connues d’Exter, or Exter ne travaillait pas par « séries ».

Des « variantes » d’œuvres – cubistes, futuristes, abstraites toutes signées (tandis que les versions originales ne le sont que très exceptionnellement) et dont l’exécution ne correspond pas à la manière de l’artiste.

Exemple d’erreur stylistique :

À la page 229 figure une « étude » pour une œuvre bien connue de l’artiste – Construction de 1923 (96 x 96 cm, conservée au MOMA de New York, œuvre qui faisait partie de l’héritage Lissim et provient ainsi directement de l’atelier de l’artiste). D’autres « variantes » de cette composition sont apparues depuis 2003. Or ces œuvres portent une signature qui est inscrite incorrectement par rapport à la composition, c’est à dire qui fait pivoter l’orientation de cette composition de 90 °. Cette anomalie s’explique facilement par une erreur dans l’accrochage de la peinture d’Exter au MOMA, erreur intervenue vers le milieu des années quatre-vingt et qui a été corrigée seulement à la fin de l’année 2008 (voir l’accrochage et la reproduction dans le catalogue dans la récente exposition Rodchenko-Popova : Defining Constructivism, Tate Modern, Londres 2009) [  ].

Les signatures proposées :

À la fin du volume – page 413 – on trouve un tableau de référence comportant 5 signatures. Pour seul commentaire on peut lire cette annonce : « à des rares exceptions, les œuvres d’Alexandra Exter sont signées ou monogrammées soit en latin soit en cyrillique » (le seraient-elles autrement ?).

Contrairement aux règles d’un travail professionnel de documentation, digne de ce nom, les cinq signatures proposées à cet endroit de l’ouvrage ne sont accompagnées d’aucune référence bibliographique ni documentaire, d’aucune référence vérifiable quant à la source de l’information, ni même par rapport aux œuvres desquelles elles proviennent ne soit ce que dans le livre où elles figurent (2003).

En conclusion :

Force est donc de considérer ces signatures comme hypothétiques et, de toute façon, elles exigent vérification, ce qu'on a été obligé de faire lors de l’examen de certaines, parmi les « nouvelles » œuvres lorsque celles-ci ont été exposées ou mises en vente. (Vérifications et étude graphologique pratiquées une première fois à Paris au début de l’été 2006).

La 2nd et la 5ème signature (de haut en bas sur la page 413) sont « neuves », c’est-à-dire n’ont pas été connues dans l’œuvre de l’artiste telle que répertoriée auparavant avant la date de la publication (2003). De surcroît, ces deux signatures accompagnent des œuvres, indiquées comme se trouvant toutes dans des « collections privées », connues des seuls auteurs de la publication, car jamais exposées ni publiées auparavant.

L’examen graphologique de la signature n° 2 pratiqué par Madame Petit de Mirbeck, expert graphologue auprès de la Cour d’Appel de Paris a aboutit à la conclusion qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une signature mais d’une calligraphie 3.

 

Œuvres publiées dans l’ouvrage de 2003 et dont l’attribution est mise ici en question :

Devant l’impossibilité d’examiner toutes les nouvelles œuvres publiées dans ce livre, le commentaire qui est livré ici se limite aux celles œuvres dont l’aspect stylistique est univoque et/ou qui étaient accessibles au cours des dernières années (le plus souvent en raison des ventes publiques où elles ont été présentées).

La liste ici présentée est constituée d'une première ébauche d’un répertoire destiné à être complété dans l’avenir  ; elle se réfère aux illustrations de la publication de 2003, signalées par le n° d’illustration et page. L’astérisque indique que l’œuvre appartient à une série qui figure dans l’exposition de Tours 2009 :

12*/p.34   13*/p.35   14*/p.   36   15*/p.37   16*/p.38   19*/p   .45   21*/p.48     22*/p.49   25*/p.53   26*/p.54   27*/p.54   41*/p.67   42*/p.68   48*/p.77   52*/p.79     54*/p.81   57*/p.84   71*/p.93
87*/p.107   88*/p.108   89*/p.109   90/p.110   96/p.116   109*/p.125   110*/p.126   111*/p.127   112*/p.128   113*/p.129   115*/p.132-3   121*/p.141
126*/p.147   129*/p.149   135*/p.154   142*/p.162   144*/p.166   145*/p.167   150*/p.174     151*/p.175   193/p.211   217*/p.229   221*/p.235   227/p.238   228/p.239   231/p.241     232/p.242   251/p.258
312/p.333   331/p.351   341/p.357     342/p.357   345/p.358   367/p.404   368/p.405

Les illustrations 255*/pages 264-271 ont été présentées à l’exposition de Tours 2009, les inscriptions ont été rejetées par l’étude graphologique pratiquée en février 2009.

L’illustration 267/p.277 pose la question d’une signature qui semble repassée sur une inscription au crayon. La question reste ouverte jusque l’examen de l’original.

Note : plusieurs parmi ces œuvres, de même que leurs « versions » ou « variantes » constituant ainsi de larges séries ont circulé dans de nombreuses ventes publiques ou dans des galeries commerciales qui sont répertoriées séparément (voir les sections : ventes publiques et collections, et commentaire de l’exposition de Tours, 2009).

 

Une autre publication contenant de nombreuses oeuvres
dont l'attribution est mise en question pour deux raisons est à signaler :

2. Aleksandra Ekster : cvetovye ritmy /Alexandra Exter, Farbrythmen
par Georgij Kowalenko, Gos. Russkij Muzej, Palace Editions, Saint Petersbourg, 2001

Les reproductions incluses dans cette publication appellent des réserves fondamentales en raison de leur aspect stylistique et surtout en raison d'une provenanance fantasmée qui discrédite d'autant ces attributions. L'ouvrage en question est commenté dans la partie « Provenances fantasmées » de ce site.

L’exposition Alexandra Exter présentée par le Musée d’Art Contemporain de Moscou a été accompagnée de la publication d’un livre intitulé Alexandra Exter et dont l’auteur est Georgy Kovalenko. Dans un volumineux ouvrage de 304 pages l’auteur reproduit une grande quantité d’œuvres dont l’attribution à Alexandra Exter a déjà été commentée sur ce site ou mériterait de l’être car plusieurs parmi ces attributions ne paraissent pas acceptables.

Faux Exter

Gouaches faussement
atribuées à A. Exter

Sur les pages 137 à 146 figurent 23 gouaches dites « Rythme de couleurs » que l’on connaît déjà de précédentes publications, il en est de même pour la toile Ville, 1911, p. 64 et Les ponts de Paris, 1912, p. 86-87 [ Zoom ] pour ne citer que les plus connus.

Ville, faussement attribué à A. Exter

Ville, faussement attribué
à A. Exter

Avec obstination, Georgi Kovalenko propose des œuvres où il n’est pas possible de voir de la main d’Alexandra Exter tant l’exécution des formes est contraire à la rigueur cubiste de l’artiste, telle que connue des œuvres historiquement confirmées. On conclura qu’il s’agit de simples imitations datant d’il y a, probablement, plus d’une vingtaine d’années.

Il en est de même pour La nature morte, 1914 de la page 120 « œuvre » qui s’apparente en tout point aux imitations présentées à l’exposition de Tours. Quant aux compositions abstraites on signalera les illustrations p. 150, p. 159, p. 161, p. 162, p. 168, p. 178-179, et d’autres. Une seule parmi ces œuvres figurait à l’exposition de Moscou, sa juxtaposition avec des œuvres indiscutables de l’artiste offrait une excellente occasion pour voir les différences. Ce qui choque également dans ce livre c’est la qualité de certaines reproductions dans la première partie de l’ouvrage où les couleurs « noircies » à souhait sont totalement dénaturées, à tel point qu’on se pose la question des raisons de cet aspect des reproductions et des raisons qui ont pu pousser un auteur à présenter des illustrations aussi déformées que celles en pages 83, 101, 105, 115 et 128. Un deuxième volume de cette publication a été également annoncé mais il n’est pas paru à ce jour.

Cf. l’article de Geneviève Breerette dans Le Monde daté du 5 déc. 2003

À part de nombreuses erreurs biographiques, il y manque des éléments essentiels de la carrière d’Alexandra Exter telle sa grande exposition moscovite de plus d’une centaine d’œuvres qui fut considérée comme une rétrospective personnelle, le séjour à Odessa, pourtant déjà bien étudiée, son exposition personnelle en Angleterre et autres.

Un recensement d’autres signatures sera fourni sur le site internet de l’association Alexandra Exter d’ici peu, la mise en ligne ayant été retardée en raison de l’action des autorités de justice de Tours suite à une plainte contre X ayant aboutie à la saisies de l’exposition Exter présentée au Château de Tours fin janvier 2009.

Alexandra Exter, 1917

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